Mardi 27 mars 2012
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Bientôt, bientôt le vrai départ mais bien tard, si tard quand on sait que nous sommes le 15 juillet et qu'il y a déjà une
dizaine de jours que les contraintes professionnelles ont cessé de me prendre dans leur étau.
Enfin une semaine depuis la sacro sainte décision de l'administration de me renouveler.
Dans leur monde, c'est un garde-fou qui dure un an ; pour moi ce sera une année à voir au dessus de ma tête une épée de
Damoclès, encore un an de liberté surveillée, de quoi briser l'entrain des débuts. Je suis déjà en partie dégouté de ce monde, et entièrement écoeuré par ce système, le système.
Le monde des adultes est fort laid pour s'y fondre tel un pion. Je préfère les enfants, leur système est le mien pendant leur
année scolaire, le temps de l'école au moins. Par contre, pour moi, il sera quasi permanent, il faudra juste jouer la comédie les quelques heures où ces conseillers, formateurs, inspecteurs
rentreront dans ma classe. Je dis bien « ma », car l'avantage de ce piètre démarrage est qu'ils m'offriront des conditions meilleures pour mon premier poste.
Je l'imagine déjà, ma classe. Façonnée à mon image, restant après la classe pour savourer et préparer. J'arrêterai d'être le
nomade du savoir, non pas que le nomadisme me déplaise mais surtout que j'ai passé une grande partie de mon enseignement à déconstruire méthodiquement ce que les autres ont batti. Je n'ai pas de
regret car je sais que ce je peux leur apporter, à mes drôles, ne peut être que meilleur que cette vision restreinte de leur potentiel de croissance. Je les veux libres et acteurs, sereins et
aptes à se construire selon leur nature sans ce satané dressage à la norme qu'on veut leur imposer.
Si l'enseignement est le lien entre le passé et le futur, il faut être à même de tirer du passé le futur, mais pas un présent
conservé, un réel temps d'après, selon un déséquilibre constant qui permet d'être prêt à tout. Ouvrir toutes les portes pour eux, changer sans cesse pour les faire s'adapter. J'ai déjà pu
observer qu'avec moi, ce ne sont pas les mêmes élèves qui réussissent. La raison est bien simple : je change les règles sitôt qu'elles sont comprises, ne laissant ainsi pas le temps au
contrat didactique de se mettre en place et favoriser ainsi les petits soldats préformatés, qui connaissent par leurs acquis sociaux comment se conformer au système et anticiper les attentes du
maître.
Je veux une classe sans classe en quelque sorte.